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Red & Black: Hollywood Left and the Blacklist

Cinémathèque suisse

01.11.2026 - 31.12.2026

Rétro Locarno: Red & Black: Hollywood Left and the Blacklist

Red & Black: Hollywood

Peu après la Révolution bolchevique de 1917, les Etats-Unis ont pris peur qu’un bouleversement similaire se produise au pays du libre marché. Ces craintes se sont cristallisées en une doctrine paranoïaque, façonnant l’approche du FBI envers les mouvements radicaux. En parallèle des efforts visant à démanteler les initiatives à caractère semi-socialiste du président Roosevelt alors décédé, et à affaiblir un puissant mouvement syndical, les agences gouvernementales ont commencé à enquêter sur tout ce qui semblait, de près ou de loin, «rouge».

Hollywood a rapidement été surveillé de près. Un film comme Tender Comrade (1943) a été accusé de véhiculer des messages «anti-américains». Les positions progressistes, le militantisme syndical ou l’appartenance au Parti communiste de certains cinéastes sont devenus des motifs de persécution. Toutes tendances anticapitalistes présumées ont été présentées comme la preuve d’une tentative systématique de déstabiliser l’ordre politique et économique américain. A la fin des années 1950, plusieurs centaines de personnes ont été blacklistées.

La rétrospective Red & Black propose une sélection de films réalisés avant, pendant et après cette persécution. Parmi eux figurent Broken Arrow, un western brillamment antimilitariste et pro-autochtone d’Albert Maltz; He Ran All the Way de John Berry, avec l’acteur John Garfield en figure martyre de la chasse aux sorcières; et Not Wanted, scénarisé par Paul Jarrico, qui sera blacklisté. La question de savoir si ces films peuvent être lus comme des allégories de la HUAC (House Un-American Activities Committee), de la pratique de la dénonciation (naming names) ou de sa justification fait l’objet de débats depuis la sortie de High Noon, écrit par Carl Foreman, aussi blacklisté par la suite) et On the Waterfront, scénarisé par Budd Schulberg et réalisé par Elia Kazan, qui a plus tard dénoncé des artistes à la HUAC.

Lorsque les scénaristes et cinéastes blacklistés ne pouvaient plus travailler sous leur propre nom, ils eurent recours à des pseudonymes et à des personnes qui leur prêtaient leur nom pour dissimuler leur implication. The Front (1976), réalisé par d’anciens blacklistés, expose la mécanique compliquée et douloureuse de cette pratique. D’autres sont partis en exil, continuant parfois à travailler sous des noms d’emprunt. Celui qui doit mourir (écrit par Ben Barzman et réalisé par Jules Dassin) et The Young One de Luis Buñuel (écrit par Hugo Butler) retracent les parcours de cinéastes exilés en France, en Grèce et au Mexique. Tous deux, peut-être sans y réfléchir consciemment, sont des films de déplacement, de solidarité et de résistance à l’oppression.

Enfin, Salt of the Earth marque un acte de défiance rare: rester en Amérique et travailler sous son vrai nom. Réduits au silence par divers groupes faisant pression et la censure commerciale, trois grands blacklistés se sont retrouvés dans cette situation – le réalisateur Herbert J. Biberman, le scénariste Michael Wilson et le producteur Paul Jarrico. Ensemble, leurs films évoquent une période à la fois exaltante et troublée où le cinéma est devenu le point de mire de l’anxiété politique d’une nation, révélant le lien notable entre cinéma et politique.

Certaines séances sont présentées par des étudiant·e·s de la section d'Histoire et esthétique du cinéma de l'Université de Lausanne.