Maisons-baleines, maisons-coquillages ou château-mystère, les architectures sans architectes jouent avec les équilibres et les formes, détournent les matériaux, s’érigent la nuit, jouent à loup y es-tu dans une zone merveilleuse entre l’autorisé et l’interdit. Les fadas, les zinzins, les utopistes qui les habitent ont autre chose à faire qu’écouter ce qu’on pense d’eux. Ils ont du boulot. Un donjon à finir, un balcon à peindre, un mécanisme qui permettra à la maison de s’élever dans les airs, tourner sur elle-même et se déplacer sur un rail. L’affaire est sérieuse, on n’a pas trop le temps de discuter. Militant·e·s de la pierre et du parpaing, héros·ïne·s de « l’embellissement de la vie quotidienne », les constructeur·ice·s sans diplôme sèment dans le paysage des petits miracles architecturaux. Leur inventivité sans limites rend jaloux leur voisinage, leur liberté énerve les élu·e·s, leur singularité débridée fait miroir à la bouillie lugubre de l’urbanisme moderne.
Un tour du monde de ces aventures architecturales
Après -ORGANuGAMME- que Danielle Jacqui a offert à la ville de Renens, c’est de sa maison qu’il s’agit. Pépite architecturale de l’arrière-pays marseillais, la maison de Roquevaire est en cours de classement, bien qu’elle ne réponde à aucun critère. Elle n’est pas la seule. C’est l’occasion d’un tour du monde de ces aventures constructives, qui nous invitent à les penser pour elles-mêmes, sans s’astreindre à une case, un règlement, un lignage. Elles n’ont de style que le fait main. Que l’humain. Elles nous libèrent et nous décolonisent. Elles sont le sensible et l’inattendu des villes modernes. Loin d’être des pratiques rares, leur accumulation fait système, leur pertinence insolente nous oblige à les penser comme des actrices miraculeuses de paysages de plus en plus uniformes.
Une exposition sur mesure pour La Ferme des Tilleuls
Pelotonnée entre les rails du train et ceux du futur tram ressuscité, dans un no man’s land propice à toutes les rêveries, La Ferme des Tilleuls est idéalement placée pour mesurer les enjeux et la violence de la fameuse « rénovation urbaine ». Menacée de destruction, classée monument historique, terre d’accueil de l’œuvre de Danielle Jacqui, lieu vivant d’échange et de culture en centre-ville, son destin justifie à lui seul un symposium autour de ce qu’est une maison.
Pour alimenter le débat (sans trop se prendre au sérieux), l’exposition Maisons-mères et ses nouvelles découvertes est montée sur mesure pour La Ferme des Tilleuls. Une place de choix est réservée à Mario Del Curto, qui traque depuis 40 ans ces architectures singulières. Le photographe a également été mandaté par La Ferme des Tilleuls pour documenter plusieurs environnements suisses peu ou pas connus à découvrir dans l’exposition.
Une exposition sous le commissariat de Philippe Lespinasse